Accompagnement en cours

Med-Ika : déployer et évaluer la médiation en santé dans les services hospitaliers

Par Ikambere

Ikambere déploie le projet Med-Ika dans des services de maladies infectieuses et d’endocrinologie-nutrition-obésité afin de faire de la médiation en santé un maillon essentiel dans le parcours de soin à l’hôpital. Un système de suivi et d’évaluation est intégré au projet pour, à la fois, améliorer le suivi par les médiatrices et étudier les impacts du dispositif.

Idées clés

Domaine d'action

  • La médiation en santé

Type de projet

Projet de terrain

Durée du soutien

2023 - 2024

Lieux

Permanences hospitalières dans 11 hôpitaux d'Ile-de-France

  • 150 patients suivis en 2023
  • 30 professionnels de santé accompagnés en 2023
  • 200 patients suivis en 2024 (objectif)
  • 40 professionnels de santé accompagnés en 2024 (objectif)

Les bénéficiaires

La crise sanitaire a révélé les fortes pressions et contraintes de l’hôpital en France. Ce contexte a notamment pour conséquence des retards de prise en charge, des temps de consultation raccourcis et une raréfaction des services sociaux dans les hôpitaux franciliens dans lesquels intervient Ikambere depuis plus de 20 ans. Cet environnement augmente le risque des populations vulnérables de renoncer aux soins ou encore de ne pas adhérer à la prise en charge thérapeutique. Des facteurs comme la méconnaissance du système de santé, une faible maîtrise du vocabulaire propre à la santé ou l’errance résidentielle influent fortement sur leur capacité à adhérer à un parcours de soins. Les barrières culturelles, sociales et économiques auxquelles les populations migrantes et/ou précaires font face nécessitent donc un accompagnement médico-social global.

Les patients accompagnés par Ikambere sont majoritairement des femmes cumulant de multiples vulnérabilités : la maladie, la précarité économique, l’isolement, un parcours migratoire compliqué, les barrières linguistiques, etc.

Les principaux enjeux les concernant sont :

  • l’amélioration des conditions de vie défavorables au maintien dans un parcours de soin et à l’adhésion thérapeutique ;
  • le renforcement du pouvoir d’agir en matière de santé (meilleure compréhension du système de santé, littératie en santé, confiance en soi) ;
  • l’amélioration de la relation soigné-soignant (compréhension interculturelle, confiance) ;
  • la rupture de l’isolement et le sentiment d’appartenance à une communauté de pairs.

Parallèlement, les professionnels médico-sociaux de l’hôpital font face aux contraintes de temps et de ressources insuffisantes, mais aussi à la méconnaissance des facteurs sociaux et culturels qui influent sur la santé des patients migrants et/ou en situation de précarité. La prise en compte de ces facteurs lors des consultations médicales est pourtant nécessaire. Ils doivent donc pouvoir s’appuyer sur des partenaires pour améliorer la prise en charge de ces publics vulnérables.

  • Une session de sensibilisation à la méthodologie d'accompagnement d'Ikambere
  • Témoignage d'une médiatrice en santé salariée d'Ikambere
  • ©Jano Dupont

Le projet

De 2019 à 2021, Ikambere a structuré et renforcé, avec le soutien de la Fondation MNH, son programme de médiation en santé à l’hôpital. Au fil du temps, elle a élargi son équipe de médiatrices et développé de nouvelles actions.

À partir de 2023, Ikambere innove et va encore plus loin en lançant le projet Med-Ika pour faire de la médiation en santé un maillon essentiel dans le parcours de soin à l’hôpital. Créé à la demande des équipes médicales, ce projet comprend notamment un système de prise de rendez-vous et des activités collectives au sein de l’hôpital. Il doit être déployé dans les services de maladies infectieuses des hôpitaux mais aussi dans les services d’endocrinologie-nutrition-obésité, où la médiation en santé n’est traditionnellement pas présente.

© Jano Dupont

Dans le cadre de ce projet, les médiatrices d’Ikambere assurent une permanence par semaine ou toutes les deux semaines, selon la convention signée avec l’hôpital. Lors des séances de médiation, elles créent un environnement convivial et sécurisant, où les patients peuvent discuter librement de leurs difficultés médicales ou sociales (déni de la maladie, incompréhension du traitement, instabilité alimentaire, violences, etc.). Dans ce cadre, les patients partagent souvent des inquiétudes ou réalités qui n’avaient pas été révélées lors des consultations médicales. En fonction des besoins exprimés, les médiatrices les conseillent, les orientent ou font de la prévention. Elles peuvent également déceler des cas de non-observance de traitement et les signaler aux médecins.

Des ateliers thématiques sont également animés lors des permanences (groupes de parole et séances d’information sur le VIH, la prévention, les droits et le parcours de soins…). Ces ateliers contribuent à outiller les patients et à créer une communauté de pairs.

Grâce à ce dispositif, le projet « Med-Ika » vise à appuyer les professionnels de santé en suivant les patients en situation de vulnérabilité sur la durée, pour aborder les problématiques sociales et thérapeutiques qui freinent leur intégration durable dans un parcours de soin. Par ailleurs, des moments d’échange sont organisés avec les professionnels médico-sociaux de l’hôpital, y compris en réunions de staff, pour que ces derniers puissent solliciter l’expertise des médiatrices sur des situations spécifiques.

Enfin, Ikambere prévoit un dispositif de suivi et d’évaluation du projet, afin de le professionnaliser et de démontrer son impact. Concrètement, elle s’appuie sur l’application Logus*, qui permettra de créer une fiche numérique pour chaque patient rencontré à l’hôpital. Les fiches contiendront des données démographiques (pays et date de naissance) et des données dynamiques (besoins du patient, solutions apportées, ressources matérielles, évolution de l’adhésion thérapeutique). En plus de renforcer la capacité des médiatrices à suivre des patients sur la durée, ce logiciel fluidifiera la communication avec les professionnels de santé, qui recevront un compte rendu généré par le logiciel, à la suite des consultations de médiation.

Ces données seront traitées anonymement pour évaluer le projet dans son ensemble. A partir des résultats de l’évaluation du projet, Ikambere publiera un rapport et animera des échanges autour de ses expériences sur le territoire français.

* Spécialement créée pour la gestion du dossier unique de l’usager, l’application Logus est dédiée au secteur social et médico-social.

Je suis convaincue que le projet Med-Ika porté par l’association Ikambere a vocation à s’étendre à d’autres pathologies que le VIH et devenir une référence dans la prise en soins holistique que l’hôpital public échoue à mettre en œuvre seul actuellement : nous avons besoin d’associations comme Ikambere, solides et structurées, et de projets comme Med-Ika auxquels adosser en toute confiance nos patientes vulnérables

Dr Pauline PENOT, Praticien Hospitalier, cheffe de service consultations de maladies infectieuses – Hôpital André Grégoire de Montreuil.
L'équipe d'Ikambere en présence de l'équipe Mission Médiation en santé et de l'ancien Ministre de la Santé François Braun

La structure

Ikambere accompagne vers l’autonomie les femmes en situation de grande précarité et vivant avec une maladie chronique (VIH, diabète, obésité, et/ou hypertension artérielle), grâce à l’insertion sociale et professionnelle. Le choix de ces maladies se justifie par le fait que les personnes précaires y sont particulièrement exposées et doivent apprendre à vivre avec elles tout au long de leurs vies.

L’association mène notamment des actions de médiation en santé à l’hôpital, de prévention et de dépistage (VIH, IST et hépatites) à destination du grand public. Elle a aussi créé Ikirambi, la maison reposante et le centre de ressources Igikali, deux lieux dédiés à l’accompagnement de femmes vivant en situation de précarité et avec une maladie chronique. En 2023, elle a également débuté des actions d’aller-vers dans les maisons de quartier d’Ivry-sur-Seine, autour de la nutrition.

Ce qui nous a convaincus

  • Un nouveau mode d’organisation avec des médiatrices en santé intégrées dans le parcours de soin à l’hopital : accueil des patients avec le professionnel de santé, consultations en binôme, participations aux réunions de staff… l’avenir de la médiation en santé.
  • Un projet mené par une association référente de la prise en soins holistique, pouvant inspirer l’hôpital public par des méthodes novatrices et nécessaires.
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